Haut potentiel intellectuel (HPI)

Entre 2 et 5 enfants sur 100 ont un haut potentiel intellectuel. Un tiers d’entre eux sont en échec scolaire.

Garçon prenant un livre à la maison - copieIl peut sembler insolite d’associer le haut potentiel intellectuel aux autres troubles d’apprentissage, pourtant, il peut constituer un handicap à l’apprentissage ordinaire. En effet, l’enfant HPI (Haut Potentiel Intellectuel) peut rencontrer des difficultés à réussir sa scolarité car l’enseignement n’est pas adapté à son mode de pensée. Ainsi, un tiers d’entre eux sont en échec scolaire.

Le haut potentiel intellectuel (précocité intellectuelle/surdouance) est  établi lorsque le résultat global d’un test de quotient intellectuel (QI) est égal ou supérieur à 130. L’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) montre que la vitesse de transmission des informations est significativement plus élevée que la norme chez les enfants HPI. Ces données sont distribuées de façon différente, qualifiée de multi-spatiale : elles se répartissent simultanément dans de nombreuses zones du cerveau. L’intelligence serait principalement liée à des dispositions génétiques. A celles-ci se rajouteraient des facteurs environnementaux (l’éducation scolaire et le milieu social notamment) ainsi que personnels (la motivation et la volonté par exemple). On peut sans aucun doute extrapoler ces observations aux cas de haut potentiel.

Au Canada, le profil est affiné par une évaluation du type de raisonnement de l’enfant HPI qui peut être soit divergent, soit convergent:

  • le raisonnement divergent est celui qui est le plus facilement identifiable au cours du passage du test de QI. Il inclut une excellente mémoire, un respect de l’autorité et de la motivation pour toute tâche scolaire, quelle qu’elle soit ;
  • le raisonnement convergent est caractérisé par une grande empathie envers les autres, une très bonne capacité d’adaptation au changement, une aisance à concevoir des idées nouvelles ainsi qu’une très grande motivation pour les sujets qui l’intéressent.

Les  préadolescents HPI présentent généralement une avance de développement intellectuel de deux ans ou plus par rapport aux autres enfants du même âge. Cette précocité crée fréquemment ce que les psychologues dénomment une dyssynchronie interne. Cette dyssynchronie provient d’un décalage entre d’une part, le développement affectif et la maturation psychomotrice de l’enfant et d’autre part, son développement intellectuel. Ainsi, par exemple les enfants HPI obtiennent habituellement des résultats d’un niveau bien plus bas pour leurs travaux d’écriture ou leurs dessins que pour leurs performances verbales.

A cette dyssynchronie interne vient parfois se rajouter une dyssynchronie dite sociale lorsque l’entourage scolaire et/ou familial de ces enfants n’attend d’eux qu’un comportement dans la norme de leur âge. La prévalence des enfants à haut potentiel est estimée se trouver entre 2 et 5%. Une proportion plus élevée de HPI a été observée chez les garçons (70%) que chez les filles (30%).

Types d’enfants à haut potentiel

 Contrairement à ce que l’on serait en droit d’imaginer, l’enfant HPI ressemble rarement à un premier de classe. En effet, que ce soit par ennui, à cause de difficultés d’apprentissage de certaines matières, d’une piètre estime de soi, ou d’une mauvaise intégration dans la classe, un tiers des enfants HPI aurait des résultats scolaires en dessous de ce que pouvait laisser prévoir leur QI. Effectivement, en France par exemple, près de la moitié d’entre eux redoublent au moins une classe, 33% sont en situation d’échec et 17 % font des études difficiles.

Six profils différents d’enfants HPI ont été établis :

L’élève performantGarçon qui fait ses devoirs

L’élève performant a tendance à être perfectionniste et s’applique beaucoup. Il est plutôt conformiste. Il recherche l’approbation des adultes en général et de son enseignant en particulier. Ses résultats scolaires sont très bons.

L’élève autonome

L’élève autonome a une grande capacité à apprendre en autodidacte. Il a confiance en lui et un grand appétit de connaissance. Il est persévérant, accepte l’échec et se lance des défis. Il n’hésite pas à prendre des risques quand c’est nécessaire. Il parvient à exprimer ses connaissances. Ses résultats scolaires ainsi que son intégration sociale sont très bons.

L’élève effacé, inhibé

L’élève inhibé a une faible estime de lui-même et a de la peine à admettre ses capacités. Il recherche avant tout à être accepté par les autres élèves de sa classe. Ses résultats scolaires sont de moyens à bons.

L’élève à risque

L’élève à risque est constamment sur la défensive. Il est inconsciemment en colère contre les adultes qui n’ont pas pu adapter son environnement à ses besoins. Il a tendance à s’isoler. Ses résultats scolaires sont mauvais ou moyens.

L’élève provocateur/créatif

L’élève provocateur s’ennuie en classe et le fait savoir. Il est sur la défensive et provoque ses enseignants. Il est cependant compétitif et s’investit quand un sujet l’intéresse. Il est très créatif et non conformiste. Ses résultats scolaires sont inconstants.

L’élève présentant des troubles

Ce cas particulier concerne l’enfant HPI qui a un trouble d’apprentissage (dyslexie, trouble de l’attention, etc.). Il est anxieux, manque de confiance en lui et montre une grande sensibilité. Il travaille lentement et ne finit pas toujours ses exercices car la crainte de l’échec inhibe ses compétences. Ses résultats scolaires sont nettement inférieurs à ses capacités réelles.

Les signes auxquels être attentifs pour dépister un haut potentiel intellectuel sont:

  • Sommeil : besoin de sommeil inférieur à la norme.
  • Langage : parle souvent avant l’âge de deux ans.
  • Lecture : peut avoir appris à lire avant son entrée à l’école primaire.
  • Curiosité : a une curiosité insatiable, pose beaucoup de questions notamment sur des sujets qui ne sont pas considérés « de son âge ». Marque souvent un intérêt pour des questions métaphysiques (entre autres sur la création de la Terre, sur la mort). S’intéresse aux dictionnaires et aux encyclopédies.
  • Isolement : a tendance à se mettre à l’écart des autres enfants de son âge, préfère la compagnie des plus grands ainsi que celle des adultes.
  • Vitesse de compréhension : a une grande vivacité d’esprit et une très bonne qualité de raisonnement.
  • Intérêt pour certains sujets particuliers : tels que la cosmologie, la politique, les énigmes, le jeu d’échecs…

Système solaire

  • Mémoire : excellente mémoire à court terme ainsi que de travail.
  • Vocabulaire très recherché : a un très bon vocabulaire, d’un niveau souvent surprenant pour son âge.
  • Sensibilité : a généralement une sensibilité exacerbée qui peut dérouter, ainsi qu’un grand sens de la justice.
  • Motricité : peut être assez « gauche », maladroit, comme mal à l’aise dans son corps. Il connait parfois des problèmes de motricité fine, notamment en dessin et plus tard en écriture.
  • Grand sens de l’humour : peut avoir un sens de l’humour très développé, « décalé » (humour qui n’est pas toujours compris par les enfants de son âge et qui peut accentuer le fossé entre eux).

A l’école

  • Décalage entre divers potentiels : peut montrer des capacités supérieures à la moyenne dans des domaines touchant la langue orale ou la mémoire par exemple, alors que la présentation de ses travaux ainsi que son écriture peuvent laisser à désirer.
  • Anticipation des consignes : a tendance à se précipiter sur ses tâches sans en écouter les directives. Connait des difficultés à se plier aux contraintes scolaires, dans leur dimension collective en particulier (attendre les autres, travailler en groupe  …).
  • Ennui : n’écoute pas vraiment le cours, a l’air de s’ennuyer. Ne s’investit entièrement que dans les sujets qui l’intéressent et délaisse les autres.
  • Rapidité et originalité : travaille plus rapidement que les autres élèves. Ses réponses et ses raisonnements sont souvent originaux, inattendus.

Hérédité

Bien que cela ne soit pas encore prouvé, il est probable que l’hérédité joue un rôle dans la transmission de la précocité intellectuelle. Plusieurs cas de personnes HPI sont souvent trouvés dans une même famille et, pour expliquer ce phénomène, c’est la piste génétique qui est actuellement privilégiée à la piste environnementale.

Sexe

Sept garçons pour trois filles sont testés à haut potentiel. On estime, néanmoins, qu’il y aurait autant de filles que de garçons précoces. Les filles seraient sous-représentées parce qu’elles seraient moins souvent testées. Ce phénomène s’expliquerait par le fait que les filles intégreraient mieux leur « différence » et se démarqueraient ainsi moins des autres, que les garçons HPI.

Un diagnostic de haut potentiel peut être confirmé en faisant un test de quotient intellectuel (QI). Les plus courants sont le WISC IVet le K-ABC.
Dans le test K-ABC, les enfants à haut potentiel présentent généralement un décalage entre l’échelle des processus mentaux séquentiels et celle des processus mentaux instantanés, la première étant mieux réussie.
Il est recommandé de faire des tests additionnels de raisonnement logique ainsi qu’un bilan affectif dès que des signes de mauvaise gestion émotionnelle et relationnelle sont présents (TAT et test de Rorschach, par exemple).
La batterie d’évaluations est parfois complétée avec le test de pensée créative de Paul Torrance.
Il faudrait également rechercher le type de haut potentiel ou de talent dont l’enfant bénéficie. C’est principalement aux Etats-Unis que cette démarche est effectuée (en Europe le diagnostic de haut potentiel n’est souvent pas approfondi). Les spécialistes américains proposent des échelles d’évaluation aux enseignants. Ils prennent également en compte la production scolaire et extrascolaire des enfants (exercices, dessins, sculptures, bricolages, etc.). Outre l’intelligence pure, la créativité, les performances extrêmes, la personnalité de l’enfant et ses centres d’intérêt sont ainsi pris en considération.
Si l’enfant est en même temps dyslexique ou a un déficit d’attention (TDA/H) et vice-versa, il est plus difficile de diagnostiquer un haut potentiel, la précocité compensant les effets de la dyslexie ou du TDA/H et la dyslexie ou le TDA/H pouvant cacher la précocité.

A la maison

  • Encourager les intérêts qui ne font pas partie du programme scolaire afin de développer la curiosité des enfants HPI sans creuser davantage le décalage qu’ils ont déjà de par leur avance: apprentissage d’une nouvelle langue ou d’un instrument de musique, inscription à un club d’échecs, lecture de livres variés sur des thèmes que l’enfant apprécie mais qui ne font pas partie du cursus scolaire, etc.
  • Consulter un psychologue lorsque l’enfant montre une grande anxiété (a des difficultés pour s’endormir le soir, ne veut plus aller à l’école…).
  • Proposer des activités sportives pour améliorer ses capacités motrices souvent en décalage par rapport à ses compétences intellectuelles.

A l’école

  • Privilégier la qualité à la quantité : complexification des travaux au lieu d’une augmentation de ceux-ci.
  • Eviter de lui proposer des tâches répétitives.
  • Suggérer qu’il aide des camarades de classe pour certains exercices sans que cela ne devienne une pratique trop fréquente (pour lui permettre de développer des compétences sociales sans pour autant le stigmatiser dans un rôle de bon élève).
  • Favoriser les apprentissages qui donnent une gratification immédiate. Cependant en parallèle, il faut quand même leur « apprendre à apprendre » car le fait d’avoir des facilités dans certains domaines leur rend plus difficile la notion d’effort, notion pourtant capitale s’ils souhaitent suivre un enseignement supérieur.
  • Proposer des ateliers originaux (apprentissage de la langue des signes, du braille, de calligraphie de langues ayant un alphabet différent, etc.).
  • Donner de temps en temps, des devoirs ou des exercices différenciés de ceux transmis au reste de la classe.
  • Proposer à l’élève de préparer un exposé pour la classe sur une thème de son choix.

Les troubles associés rendent le diagnostic plus difficile à établir.

Il semblerait que de nombreux enfants à haut potentiel (HPI) ont un déficit d’attention, mais aucun pourcentage fiable n’a encore été articulé à ce sujet.

Dyslexie

La dyslexie serait davantage présente chez des enfants HPI que dans la population globale. Certaines études parlent de 12,5% de dyslexiques chez les enfants HPI et d’autres envisagent même une proportion allant jusqu’à 30 % alors que le taux dans la population générale se situe dans une fourchette allant de 5 à 10%. Ces chiffres sont à considérer avec prudence car il est possible que la dyslexie soit davantage testée chez les enfants HPI que chez les autres enfants.
Des personnes HPI peuvent présenter des troubles autistiques et être atteints du syndrome d’Asperger.

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