Dyslexie

Entre 5 et 10% des  enfants sont dyslexiques et connaissent des difficultés durables  pour apprendre à lire.

DyslexieSignesFacteurs de risqueDiagnosticConseilsTroubles associés

La dyslexie eGarçon-qui-écrit-sur-tableau-1024x680st un syndrome d’origine neurobiologique révélé par une difficulté durable d’apprentissage du langage écrit (lecture, écriture, orthographe) et d’acquisition de ses automatismes.

L’organisation du cerveau d’une personne dyslexique est déficiente au niveau de l’aire du langage. Ainsi, le dyslexique connaît des difficultés à intégrer la composante phonologique de sa langue. Il ne distingue pas très bien les phonèmes ni ne parvient à associer correctement graphèmes et phonèmes.

Le dyslexique a donc des difficultés pour distinguer ou manipuler les différents phonèmes qui composent les mots qu’il entend et connait notamment des problèmes pour :

  • les segmenter (exemple : quels sons entend-on dans le mot cumulus ?)
  • les éliminer (exemple : quel terme obtient-on si l’on enlève le son rie du mot pâtisserie ?)
  • les comparer (exemple : parmi les mots frites, fret, et crêpes lesquels commencent par le même son ?)
  • les dénombrer (exemple : combien de syllabes y a-t-il dans le mot carapace ?)

Le pourcentage de dyslexiques oscille entre 5 et 10%, et l’on peut ainsi s’attendre à retrouver 1 à 3 dyslexiques par classe.

La dyslexie touche 4 à 6 fois plus les garçons que les filles et cette proportion double pour les cas de dyslexie sévère. Le risque d’être dyslexique est multiplié par quatre si un parent proche est également atteint.

La dyslexie aurait pour origine une surabondance de substance cérébrale : par rapport à la population générale, les dyslexiques ont des millions de neurones supplémentaires placés à des endroits inusités du cerveau et ordonnés de façon atypique.

Le cerveau d’un dyslexique possède un certain nombre de caractéristiques qui permettent de le différencier d’un autre, cependant cette observation n’est pas encore assez précise pour établir un diagnostic.

Un lien entre dyslexie et des anomalies sur certains chromosomes (1, 6 et 15) a également été établi.

Types de dyslexies

Il existe plusieurs sortes de dyslexies dont les classifications ne sont pas vraiment claires et varient selon les auteurs. De fait, chaque dyslexique a un profil individuel particulier et c’est ce profil spécifique que le logopédiste/orthophoniste doit chercher à définir, les classifications générales n’étant qu’une indication, un support pour établir un bilan le plus précis possible.

Dysphonésie (dyslexie phonologique – audito-phonologique – profonde)

La dysphonésie est considérée être une « dyslexie auditive ». C’est le type de dyslexie le plus courant (entre 30 et 65% des dyslexiques en seraient atteints).

Elle se dénote par une faible capacité à lire à haute voix, à déchiffrer les syllabes, à prononcer et à séparer les sons composant les mots que l’enfant ne connait pas. Un élève dysphonésique n’a qu’un répertoire limité de termes qu’il peut reconnaitre visuellement. Il doit donc deviner les autres mots et, ce faisant, commet des erreurs de sens.

Et lorsqu’il écrit, il essaie soit de reproduire les formes qu’il a en mémoire, soit de transcrire phonétiquement ce qu’il entend. Ses compositions, avec cette orthographe assez aléatoire, sont donc généralement peu compréhensibles.

L’enfant disphonésique a tendance à éviter les activités où l’écrit est nécessaire, il comprend mieux ses lectures s’il lit intérieurement plutôt qu’à voix haute. Il peut oublier des mots ou même sauter des lignes et a des difficultés à associer sons et lettres.

Dyseidésie (dyslexie visuelle – visuo-spatiale – de surface)

Cette dyslexie est considérée comme visuelle. Entre 10 et 30% des dyslexiques en seraient atteints.

La dyseidésie se manifeste par une lecture lente et difficile car elle ne fait pas appel à un répertoire de mots connus : l’attention est donc pratiquement exclusivement accaparée par le déchiffrage des mots. Par conséquent, la compréhension de ce qui est lu est fortement entravée.

L’élève dyseidésique a également une capacité réduite pour écrire des mots avec une orthographe alambiquée parce qu’il ne peut pas les voir écrits.

Il a une mémoire immédiate déficitaire et rencontre ainsi des difficultés à conserver des instructions en tête. Ce n’est que très péniblement qu’il parvient à recopier du tableau à sa feuille.

Dysnemkinésie (dyslexie motrice)

La dysnemkinésie est souvent appelée « dyslexie du mouvement ». Elle n’apparaît jamais seule : elle est effectivement toujours accompagnée de dyslexie phonétique ou visuelle, voire des deux.

Elle se caractérise par des difficultés à mémoriser les mouvements requis pour écrire les chiffres et les lettres. De ce fait, l’expression écrite est très laborieuse. La rédaction pose problème, l’enfant dysnemkinésique connaissant des grandes difficultés à exprimer ses idées par écrit. Ce type de dyslexie se distingue également par une inversion des lettres ou des chiffres, et/ou une écriture à l’envers ainsi qu’un retournement des lettres à boucle (b,d,p,q).

 

 

Cette vidéo sur la dyslexie a été réalisée par Adrien Honnons, graphiste ayant suivi l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en 2005.. Durant son parcours, il explore les différents champs de la représentation, du graphisme à l’animation vidéo. Ses travaux s’attachent à révéler le potentiel didactique et pédagogique de l’image. Dyslexique lui-même, il décide de réaliser, pour son diplôme en 2010, un document global en animation traditionnelle pour aider à expliquer, à faire connaître et reconnaître les troubles « dys » : le Club des Dys. S’entourant des conseils et de l’aide de spécialistes, ce document se compose de 4 portraits. Chacun d’eux s’attache à un des troubles en particulier (dyslexie, dyspraxie, dysphasie et TDAH). L’ensemble du travail d’Adrien est visible sur:  www.adrienhonnons.com

Signes indépendants de la lecture

  • Incapacité à faire des rimes : éprouve des difficultés à trouver des rimes, même avec une présentation de mots à choix (qu’est-ce qui rime avec poire : gentil, banane, miroir ou méchant ?).
  • Déficit en mémoire verbale : apprend très laborieusement les tables de multiplication ou les lettres de l’alphabet dans l’ordre, par exemple, et parfois même n’y parvient pas.
  • Problème d’évocation : a des difficultés pour faire appel au lexique de vocabulaire, et montre parfois une certaine lenteur pour trouver ses mots. Peut compenser en employant des paraphrases (par exemple, pour remplacer le mot caddie, dire la chose avec laquelle on fait les commissions) ou des termes de substitution (voilà des… fruits à la place du terme raisins recherché). Peut aussi se tromper carrément de mot : dire confiture au lieu de miel.
  • Difficulté de répétition : ne parvient pas à répéter intégralement des nouveaux termes complexes ainsi que des mots inventés.
  • Difficulté de discrimination des sons : peine à différencier des sons proches (p/b, g/c, f/v, ch/j).
  • Bonne perception spatiale : meilleures aptitudes dans la reconstitution mentale en trois dimensions d’un objet présenté à plat (un cube par exemple) et de la vision périphérique que la moyenne des gens. Ceci, si l’enfant n’est pas affecté en même temps d’un trouble de type TDA/H ou d’une dyspraxie.
  •  Notion du temps déficitaire : se repère difficilement dans le temps (heure de la journée, mois, année, saison, etc.).

Signes à surveiller au cours de l’apprentissage de la lecture

  • Lenteur du déchiffrage des mots : lit très lentement. C’est cette lenteur, davantage même que la difficulté à décrypter, qui est un signe auquel il faut être attentif.
  • Mauvaise compréhension du texte lu : ne parvient pas toujours à expliquer un texte qu’il vient de lire ou à répondre à des questions à son sujet.
  • Déficit en mémoire immédiate : montre une certaine difficulté à se souvenir de choses relatives à la forme visuelle de mots ou de chiffres. Ceci explique la difficulté qu’il a généralement à recopier ce qui est écrit au tableau car il ne garde pas l’image du mot inscrit en mémoire et, arrivé au niveau de son cahier, il a déjà oublié ce qu’il vient de lire.
  • Décalage entre les performances en mathématiques et en français : a de meilleures compétences en maths qu’en français (mais pas forcément si, par exemple, il souffre simultanément d’un problème de dyscalculie).
  • Lecture « devinette » : compense ses lacunes en inventant des mots selon le contexte. Exemple : lit « sac-à-dos » à la place de « cartable » s’il pense que c’est ce mot qui manque à la phrase. Ainsi une meilleure lecture de mots dans un contexte plutôt que lorsque les termes sont isolés, est caractéristique de la dyslexie.
  • Inversion des lettres : confond fréquemment des lettres phonétiquement ou graphiquement proches ou les inverse. Cependant, beaucoup d’enfants font ce type d’erreurs au commencement de leur apprentissage de la lecture sans pour autant être dyslexiques. C’est uniquement quand ce symptôme est accompagné d’autres signes et qu’il perdure dans le temps que l’on doit s’en inquiéter.
  • Photosensibilité : peine à distinguer les petits caractères imprimés en noir sur du papier blanc.
  • Maladresse gestuelle : tient parfois mal son crayon. L’écriture des dyslexiques peut être illisible.
  • Difficultés « classiques » au cours du passage de différents tests : montre généralement des difficultés pour: recopier un losange, donner la date du jour, compter à l’envers de 20 à 0 en moins de 15 secondes,  énumérer les mois de l’année, retenir des chiffres, calculer la monnaie à rendre ou faire des dessins de mémoire.

Hérédité

Un garçon de père dyslexique aurait 40% de risque de l’être également, et 35% si c’est sa mère qui l’est. Pour une fille, les risques seraient moins élevés, à savoir de 17% (quel que soit le parent affecté).

De manière générale, on estime que le risque d’être dyslexique est multiplié par quatre, voire davantage, si l’enfant est issu d’une famille dans laquelle un des parents proches est dyslexique. Par conséquent, il est important de savoir s’il y a déjà eu des cas de dyslexie dans la famille, même élargie, et de porter cette donnée à la connaissance des thérapeutes consultés.

Trouble du langage

Une mauvaise maîtrise du langage oral (retard de langage ou dysphasie) précède souvent ou accompagne les dyslexies. Au moins une personne sur deux ayant connu un trouble du langage est diagnostiquée dyslexique par la suite.

Sexe

Les risques d’être dyslexique sont de 4 à 6 fois supérieurs pour un garçon que pour une fille.

Être gaucher

On retrouve 20 à 30% de gauchers ou ambidextres chez les dyslexiques alors qu’ils ne représentent que 6 à 10% de la population globale.

Déficit en certains acides gras

Il est possible qu’un léger dysfonctionnement du métabolisme des acides gras insaturés soit un facteur (additionnel ou originel) à considérer. Cette piste est encore à l’étude.

Et aussi, bien que cela ne soit pas encore avéré de manière certaine, il est plausible que la prématurité, le retard de croissance intra-utérin (RCIU) et la souffrance néonatale augmentent les risques de dyslexie.

Le diagnostic de dyslexie est assez difficile à établir. Dans la plupart des cas, ce sont les orthophonistes-logopédistes qui ont la compétence de faire le bilan préalable au diagnostic. Le constat final est ensuite transmis aux parents par un pédiatre ou un neuropédiatre.

Il est courant de coupler ce bilan avec l’échelle de Wechsler, test effectué par des psychologues ou neuropsychologues. Les résultats à certains items du test (un mauvais score dans la séquence lettres-chiffres de l’indice de mémoire de travail ou au code de l’indice de vitesse de traitement) peuvent mettre sur la piste d’une dyslexie.

De même, des résultats dans l’échelle des processus simultanés du test K-ABC nettement supérieurs à ceux obtenus dans les processus séquentiels seraient un moyen efficace de distinguer les enfants dyslexiques des autres .

Un bilan orthoptique est à envisager si les capacités visuo-spatiales de l’enfant ne semblent pas optimales (si le suivi occulaire est saccadé par exemple, ce qui fait que l’enfant saute des lignes ou des mots lorsqu’il lit).

Il n’existe aujourd’hui aucun traitement définitif réellement efficace pour les troubles « dys ». C’est généralement une rééducation de longue haleine qui attend les enfants (et les parents) confrontés à des troubles d’apprentissage de ce type. Cependant de nombreux « dys » parviennent à compenser leurs difficultés une fois arrivés à l’âge adulte.

Pour les troubles « dys » en général, une supplémentation en oméga-3 pourrait être bénéfique. Les effets de ces acides gras sur les troubles « dys » ne sont pas prouvés, mais ils représentent néanmoins une piste à considérer.

  • Des séances d’orthophonie/logopédie (axées sur la phonologie, la maîtrise du code alphabétique et l’identification de mots écrits dans une limite de temps définie) sont indispensables car ce sont elles qui donnent actuellement les meilleurs résultats.
  • dyslexie: opendyslexieSi l’enfant s’intéresse aux ordinateurs, envisager de lui faire suivre des cours de dactylographie car ce n’est pas la même partie du cerveau qui est utilisée pour taper à la machine que pour écrire. Téléchargez gratuitement une police de caractères adaptée aux dyslexiques sur opendyslexic.
  • Utiliser tous les sens dans l’apprentissage de l’écriture (faire dire à l’enfant le son correspondant en écrivant, tracer la forme des lettres du mot avec un doigt dans son dos, etc.).
  • Pour certains dyslexiques, lire et écrire sur des plans inclinés améliore la qualité de leur travail.
  • Encourager l’apprentissage d’un instrument de musique afin d’entrainer les capacité auditives de l’enfant dans le but d’améliorer notamment la mémoire de travail qui est souvent déficitaire chez les dyslexiques.

Garçon jouant de la flûte

A l’école

  • Quand un cas de dyslexie est diagnostiqué, expliquer le trouble à l’entièreté de la classe (notamment par le biais du livre Le tiroir coincé – Comment expliquer la dyslexie aux enfants d’Anne-Marie Montarnal, Canada  : Editions Tom Pousse, 2009) ainsi que la nécessité pour l’enfant dyslexique d’avoir des aménagements afin que ceux-ci ne soient pas considérés comme une injustice par les autres élèves.
  • L’enseignant se doit d’éviter d’utiliser la méthode globale ou semi-globale pour l’apprentissage de la lecture. Il semblerait que la méthode de lecture Borel-Maisonny conviendrait mieux aux dyslexiques que d’autres systèmes d’apprentissage plus traditionnels. Elle a été élaborée par une logopédiste qui s’est aperçu que certains enfants avaient besoin de « visualiser » certains sons pour les enregistrer. Cette méthode de lecture dite phonétique et gestuelle, est notamment appliquée dans la collection de livres Bien lire et aimer lire d’Yves Blanc et de Clotilde Silvestre de Sacy aux éditions ESF.Donner à l’élève dyslexique un accès libre à des « outils » tels qu’une liste des phonèmes illustrée (distinguant par exemple le in de pin au ain de main en dessinant les deux choses) et comprenant tous les sons (ê, è, ai, etc.), un dictionnaire, une table de multiplication voire une calculatrice, un ordinateur…
  • Transmettre des consignes orales claires et brèves (une à la fois). Dans la mesure du possible, lire soi-même les consignes écrites à l’enfant dyslexique et s’assurer qu’elles ont bien été comprises. Dans l’idéal, demander à l’élève de les reformuler.
  • Fractionner le travail.
  • Favoriser des exercices dans lesquels les réponses ne demandent pas de grandes productions écrites (Vrai/Faux , questionnaires à choix multiple…).
  • Eviter de faire lire l’enfant dyslexique à haute voix devant la classe.
  • Fournir des supports clairs, dactylographiés à l’élève ainsi qu’aux parents afin qu’ils puissent mieux soutenir leur enfant dans son parcours scolaire. Ce matériel peut être donné en avance afin que le dyslexique soit mieux à même de suivre les nouvelles matières abordées.
  • De manière générale, octroyer plus de temps aux dyslexiques pour finir leurs tâches et valoriser les progrès plutôt que souligner les erreurs.

Déficit d’attention avec ou sans hyperactivité

Entre 25 à 40 % des dyslexiques auraient un déficit d’attention. C’est l’affection associée la plus couramment retrouvée chez un enfant atteint d’un trouble « dys ».

Déficits mnésiques (troubles de la mémoire)

Les dyslexiques ont généralement un problème de mémoire immédiate. C’est une des raisons qui motive à demander aux enseignants de ne pas leur faire recopier des données du tableau, car les quelques secondes qui séparent le moment où ils lisent le texte qui y est écrit et celui où ils cherchent à le recopier, suffisent pour le leur faire oublier.

Précocité

12% des enfants dyslexiques auraient un haut potentiel intellectuel (par rapport à moins de 5% dans la population générale).

Trouble de la structuration de l’espace et du temps

Les enfants atteints d’un trouble « dys » ont souvent de la peine à s’orienter ou à établir un itinéraire et ont peu de notions de temps ou de la chronologie.

Pour en savoir plus