Dysphasie

Entre 1 et 4% des enfants sont atteints de dysphasie, un trouble de langage entravant énormément les apprentissages scolaires.

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La dysphasie est un trouble durable du langage d’origine neurodéveloppementale que l’on peine à différencier du simple retard. Elle se caractérise par un dysfonctionnement dans la mise en place de structures de langage alors que le retard se définit plutôt par un manque d’utilisation des structures adéquates. La dysphasie se distingue également par un déficit significatif de compréhension et de production verbale.

C’est un trouble neurobiologique au même titre que la dyslexie. Dans les deux cas, les cerveaux de personnes atteintes par ces dysfonctionnements ont montré des asymétries hémisphériques, une augmentation de la taille du corps calleux ainsi que des anomalies microscopiques, en particulier dans la zone attribuée au langage. Ces différences sont vraisemblablement dues à une programmation génétique défectueuse.

Le nombre de dysphasiques se situe dans une fourchette allant de 1 à 4% de la population.

Types de dysphasies

Il n’y a pas de concordance parfaite entre les différents auteurs de classifications. Toutefois, en prenant en compte diverses sources, on retrouve principalement les dysphasies suivantes :

Dysphasie phonologique-syntaxique

C’est le type de dysphasie qui est le plus fréquent. Dans ce cas-ci, les enfants comprennent mieux qu’ils ne s’expriment. Ils sont souvent peu loquaces et lorsqu’ils parlent, c’est de façon peu compréhensible. Ces enfants compensent fréquemment cette inintelligibilité par l’utilisation du mime pour s’exprimer. Leur vocabulaire est pauvre car ils gardent en mémoire un stock lexical réduit, mais ils n’ont pas de difficulté à accéder à celui-ci. Ils font peu recours à l’utilisation de pronoms personnels (je, tu, il, …) ou de conjonctions de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car).

Comme ce trouble est apparent, il est souvent pris en charge assez tôt (pas toujours en tant que dysphasie mais au moins comme retard de langage). Ce type de dysphasie est parfois accompagné d’une dysgraphie, la motricité manuelle étant généralement déficiente.

Dysphasie de production phonologique

A l’instar de la dysphasie phonologique-syntaxique, le trouble de production phonologique empêche l’enfant dysphasique de s’exprimer correctement. Toutefois, dans ce cas-ci, l’enfant parle davantage mais son discours reste généralement inintelligible. Il montre régulièrement des difficultés à trouver ses mots et a tendance à développer des méthodes d’évitement de situation de communication verbale.

Dysphasie mnésique ou lexicale-syntaxique

L’expression orale d’un enfant souffrant de ce type de dysphasie semble plus fluide et intelligible que dans d’autres types de dysphasies. Néanmoins, elle est fort limitée par le fait que l’enfant est en recherche permanente de ses mots et qu’il a de la peine à structurer ses phrases. Cette gêne peut même parfois entrainer un bégaiement. En outre, il connaîtra des difficultés à apprendre de nouveaux mots et aura une mauvaise compréhension abstraite.

Dysphasie sémantique-pragmatique

Le discours est généralement fluide mais peu cohérent et s’accompagne de troubles de la compréhension. Le choix du vocabulaire est souvent inadéquat par rapport au contexte, bien qu’il soit nettement plus élaboré que dans les autres types de dysphasies. L’enfant présente notamment une grande difficulté à comprendre les plaisanteries.

Dysphasie réceptive ou agnosie auditivo-verbale

Ce type de dysphasie comporte un problème de décodage. Il est assez rare. L’enfant peut parler de manière assez fluide mais il doit souvent faire appel à des paraphrases pour communiquer avec autrui. Ce trouble entraine fréquemment des problèmes majeurs de compréhension.

Cette vidéo sur la dysphasie a été réalisée par Adrien Honnons, graphiste ayant suivi l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en 2005. Durant son parcours, il explore les différents champs de la représentation, du graphisme à l’animation vidéo. Ses travaux s’attachent à révéler le potentiel didactique et pédagogique de l’image. Dyslexique lui-même, il décide de réaliser, pour son diplôme en 2010, un document global en animation traditionnelle pour aider à expliquer, à faire connaître et reconnaître les troubles « dys » : le Club des Dys. S’entourant des conseils et de l’aide de spécialistes, ce document se compose de 4 portraits. Chacun d’eux s’attache à un des troubles en particulier (dyslexie, dyspraxie, dysphasie et TDAH). L’ensemble du travail d’Adrien est visible sur:  www.adrienhonnons.com

 

Les signes auxquels être attentifs pour dépister la dysphasie:

  • Défauts de prononciation et d’expression : est souvent inintelligible, en particulier au téléphone. Articule mal. Connait des difficulté à répéter des mots de trois syllabes et plus.
  • Utilisation de moyens « auxiliaires » pour se faire comprendre : fait recours à des gestes pour se faire comprendre (pointe du doigt pour obtenir une chose en particulier par exemple). Emploie des « interprètes » pour parler à sa place (principalement ses frères et sœurs).
  • Brièveté des réponses : répond aux questions par oui ou par non plutôt que de se lancer dans l’élaboration de phrases complètes. Peine à raconter ses journées ou à organiser une histoire.
  • Déficit de compréhension abstraite, au figuré : a des difficultés pour comprendre les plaisanteries ainsi que les subtilités verbales. A tendance à tout prendre littéralement.
  • Pauvreté du vocabulaire : a un vocabulaire peu fourni et montre une difficulté persistante à apprendre des nouveaux mots (à moins d’être atteint d’une dysphasie sémantique-pragmatique).
  • Réponses inadaptées au contexte : répond « à côté du sujet ». Passe régulièrement du coq à l’âne. Fait des commentaires dits plaqués c’est-à-dire des phrases toutes faites qui n’ont rien à voir avec la discussion en cours.
  • Motricité fine peu développée : son écriture est souvent de piètre qualité d’écriture et il connait des problèmes de motricité fine.
  • Déficit en mémoire immédiate verbale : parvient difficilement à répéter plus de 3 chiffres à la suite à quatre ans.
  • Difficultés d’accès à certains concepts : peine à intégrer les notions de couleurs, de temps et d’espace.

Les facteurs de risque ont surtout été étudiés dans le cadre de la dyslexie mais sont probablement similaires pour les autres troubles «dys».

Hérédité

Un garçon de père dyslexique aurait 40% de risque de l’être également, et 35% si c’est sa mère qui l’est. Pour une fille, les risques seraient moins élevés, à savoir de 17% (quel que soit le parent affecté).

De manière générale, on estime que le risque d’être dyslexique est multiplié par quatre, voire davantage, si l’enfant est issu d’une famille dans laquelle un des parents proches est dyslexique. Par conséquent, il est important de savoir s’il y a déjà eu des cas de dyslexie dans la famille, même élargie, et de porter cette donnée à la connaissance des thérapeutes consultés.

Sexe

Les risques d’être dyslexique sont de 4 à 6 fois supérieurs pour un garçon que pour une fille.

Être gaucher

On retrouve 20 à 30% de gauchers ou ambidextres chez les dyslexiques alors qu’ils ne représentent que 6 à 10% de la population globale.

Déficit en certains acides gras

Il est possible qu’un léger dysfonctionnement du métabolisme des acides gras insaturés soit un facteur (additionnel ou originel) à considérer. Cette piste est encore à l’étude.

Et aussi, bien que cela ne soit pas encore avéré de manière certaine, il est plausible que la prématurité, le retard de croissance intra-utérin (RCIU) et la souffrance néonatale augmentent les risques de dyslexie.

Le diagnostic de dysphasie est assez difficile à établir. Elle est souvent appréhendée comme un retard de langage.

Dans la plupart des cas, ce sont les orthophonistes/logopédistes qui ont la compétence de faire le bilan préalable au diagnostic. Le constat final est ensuite transmis aux parents par un pédiatre ou un neuropédiatre.

Il est courant de coupler ce bilan avec l’échelle de Wechsler lien effectué par des psychologues ou neuropsychologues.

Il n’existe aujourd’hui aucun traitement définitif réellement efficace pour les troubles « dys ». C’est généralement une rééducation de longue haleine qui attend les enfants (et les parents) confrontés à des troubles d’apprentissage de ce type. Cependant de nombreux « dys » parviennent à compenser leurs difficultés une fois arrivés à l’âge adulte.

Pour les troubles « dys » en général, une supplémentation en oméga-3 pourrait être bénéfique. Les effets de ces acides gras sur les troubles « dys » ne sont pas prouvés, mais ils représentent néanmoins une piste à considérer.

En ce qui concerne plus spécifiquement la dysphasie :

  • Des séances d’orthophonie/logopédie sont indispensables car ce sont elles qui donnent actuellement les meilleurs résultats. Deux séances par semaine sont nécessaires pour une rééducation adéquate.
  • Encourager l’enfant à s’exprimer en lui posant des questions et en lui laissant du temps pour répondre. Le féliciter pour ses efforts.
  • Exprimer à haute voix ses pensées, ses actions de façon simple et intelligible afin de familiariser l’enfant au langage oral.
  • Lire ou raconter des histoires régulièrement.
  • Permettre à l’enfant d’employer des applications de reconnaissance vocale sur un ordinateur afin qu’il puisse s’exercer à s’exprimer (à petites doses car il sera très frustrant de voir que ce qui s’écrit à l’écran n’est souvent pas ce qu’il pense avoir dit). Dès qu’il maitrise l’application, le laisser s’exercer seul afin qu’il ne soit pas gêné par les résultats obtenus.

Déficit d’attention avec ou sans hyperactivité

25 à 40 % des dyslexiques auraient un déficit d’attention. Ce déficit d’attention se retrouve également chez des dysphasiques, mais il n’y a pas de statistiques précises sur ce sujet (la dyslexie étant, parmi ces pathologies « dys », celle qui est la plus étudiée, on trouve davantage de données la concernant).

Trouble de la structuration de l’espace et du temps

Les enfants dysphasiques ont souvent de la peine à s’orienter ou à établir un itinéraire et ont peu de notions de temps ou de la chronologie.

La dysphasie peut également être associée à d’autres troubles « dys » comme la dyslexie ou la dyspraxie.

Pour en savoir plus sur la dysphasie